Chômage : les répercussions sur la santé
Lorsque l'on dit que le chômage est une maladie française, on ne croit pas si bien dire. Les conséquences du chômage sur l’individu et sa santé sont loin d'être bénignes. Pour preuve, cette synthèse du rapport d'un groupe présidé par Jacques Commaille, Directeur de recherches au CNRS, (groupe d'analyse des politiques publiques-Ecole Normale Supérieure de Cachan) en juillet 1999.
L’une des conséquences importantes du chômage sur l’individu, surtout lorsque celui-ci se prolonge dans le temps, est l’exclusion financière liée à la perte de revenus. Facteur parmi d’autres d’intégration à une catégorie sociale, la perte de pouvoir d’achat peut être considérée comme une exclusion à son groupe d’appartenance. Il est commun de dire que le travail est un élément structurant de la vie sociale. Très concrètement, l’absence de travail éloigne l’ancien salarié de son réseau de connaissance ce qui accentue son sentiment de mise à l’écart et son impression d’inutilité. Cela est renforcé par l’image que lui renvoie la société des " actifs " et, plus durement, son propre entourage familial ou amical. C’est ce que note Robert Holcman lorsqu’il écrit : " le soupçon de paresse ou d’incompétence lié à l’absence d’activité professionnelle n’a pas encore totalement disparu, en dépit de la généralisation et de la massification du chômage".
Cette inutilité sociale subie et vécue a des conséquences non négligeables sur la santé du demandeur d’emploi.
Il existe depuis quelques années un nombre considérable d'études sur l'impact du chômage sur la santé des demandeurs d'emplois. Elles sont unanimes à montrer que cette période a des conséquences non négligeables sur la santé des individus. Elles permettent ainsi de répondre à une question souvent soulevée et que Robert Holcman résume de la manière suivante : " Est-on devenu chômeur parce que l’on est tombé malade ? Est-on malade parce que l’on est devenu chômeur ? Ou bien les deux à la fois ? "
Alors que les personnes occupées déclarent souvent souffrir d'arthrose, de rhumatismes ou de fatigue intense liés à l’emploi qu’ils occupent, les chômeurs se plaignent d’asthme mais surtout de dépressions et de symptômes de mal-être (nervosité, anxiété, angoisse, céphalées, insomnies, vertiges...).
Dans une étude récente sur les retentissements sur la santé de la perte d'emploi ou de sa menace, une équipe de médecins du travail de Grenoble arrive aux mêmes conclusions. A partir de l'observation de cinq entreprises soumises à des plans sociaux, ils dégagent les symptômes dont souffrent les individus confrontés à une perte d'emploi. Ce travail est particulièrement intéressant car il permet un suivi des salariés avant et après leur licenciement. Si les pathologies psychosomatiques et mentales dominent, ils remarquent que plusieurs autres symptômes sont également présents :
- Dans la sphère des troubles psychiques : troubles persistants du sommeil ; accroissement de l'anxiété ; états de panique ; crises d'angoisse avec apparition de phobies ("peur panique de perdre son emploi") ; aggravation d'états dépressifs.
- Dans la sphère digestive : crampes épigastriques ; complication d'ulcère gastrique (perforation)...
- Dans la sphère dermatologique : extension du psoriasis, apparition d'eczémas, crises d'urticaires géantes.
- Dans le cadre cardio-vasculaire : infarctus du myocarde et syndrome de menace.
- Aggravation des migraines
- Dans la sphère comportementale : aggravation fréquente de l'alcoolisme et du tabagisme ; violences physiques envers autrui et envers soi-même, suicides
Une fois la personne licenciée, les pathologies déjà présentes chez l'individu se développent, voire, se transforment. Cependant, la reprise d'une activité n'est pas synonyme d'une rémission totale des troubles de santé vécus par le chômeur.
Comme le note Jean Maisondieu, le retour à l’emploi se traduit souvent par un épuisement de ces nouveaux salariés. Outre les difficultés à reprendre tout simplement un rythme de travail (effort sur huit heures, contraintes horaires...), difficultés qui s’accentuent lorsque la période d’inactivité à été longue, ils semblent subir un contre-choc aux souffrances psychiques qu’ils ont vécues durant leur période d’inactivité. Il conclut donc " qu’il faut le savoir et en tenir compte pour éviter de leur en demander trop et de les voir plonger dans la maladie, ou se désespérer de les voir flancher et finir par croire qu’ils ne sont réellement pas capables de mener une existence normale ".
Et plusieurs éléments semblent indiquer que le chômage est l'un des facteurs saillants associés aux suicides ou aux tentatives de suicide. Ainsi, en France, les hommes inactifs de 45 à 50 ans sont structurellement des victimes privilégiées du suicide. De même, les catégories socioprofessionnelles où le risque de chômage est le plus fort sont aussi celles où le taux de suicide est le plus élevé.


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